Coup de théâtre hier à la rentrée judiciaire. Bakolalao Ramanandraibe, ancienne ministre de la Justice a lancé un vibrant appel à l’endroit des magistrats pour le respect de l’éthique.
«Ce que l’on demande au juge est trop difficile, parfois surhumain ». Bakolalao Ramanandraibe, aujourd’hui président de Chambre à la Cour suprême, ministre de la Justice du régime Ravalomanana il y a encore un an, a anticipé les réactions de ses collègues magistrats à son discours inaugural de la rentrée judiciaire, hier.
« Mais entrer dans la magistrature est pour nous tous un choix qu’il nous faut dès lors assumer », a-t-elle alors immédiatement répliqué.
La rentrée judiciaire a été l’occasion pour l’ancienne garde des Sceaux de partager ses réflexions sur l’indépendance de la Justice, vis-à-vis du politique notamment. Forte de ses vingt ans d’expérience au poste de juge à la Cour d’appel, mais aussi des quelques années qu’elle a passées de l’autre côté du prétoire en tant que ministre de la Justice, l’ancienne directrice de l’École nationale de la magistrature et des greffes en a appelé hier à l’éthique personnelle de ses pairs.
Corruption et populisme
Dans un système où l’autorité judiciaire est étroitement liée au politique et peut difficilement s’exercer en toute indépendance, Bakolalao Ramanandraibe a rappelé que « l’éthique personnelle est fondamentale ». Pour celle qui est aussi présidente du Comité de sauvegarde de l’intégrité, « l’indépendance est une question d’éthique ».
Dès le début de son intervention, la magistrate a dressé un tableau plutôt sombre du degré d’autonomie du champ judiciaire par rapport au politique. À l’entendre, le système malgache est tel qu’il est difficile pour les juges de se mettre à l’abri des pressions, menaces ou sollicitations qui pourraient altérer leur impartialité. Elle a ainsi mis en évidence non seulement la subordination hiérarchique du Parquet au pouvoir exécutif, mais aussi la qualité de fonctionnaires, donc d’agents de l’État, des juges.
Le recours aux tribunaux pour demander à ces derniers de trancher sur des questions politiques a également été évoqué par l’ancienne ministre. « Là où le champ politique rend impossible par les voies normales le jeu démocratique, les tribunaux deviennent un espace d’expression ou de débat », a-t-elle signalé.
Les pressions politiques ne sont pourtant pas les seules auxquelles les magistrats doivent se défaire. « Il faut aussi que les magistrats soient indépendants vis-à-vis du pouvoir économique », a insisté Bakolalao Ramanandraibe, rappelant « qu’un juge corrompu ne peut pas être indépendant ». Encore plus directe, elle a martelé que « le juge doit résister à la pression du public et doit se mettre au-dessus de l’opinion publique pour éviter de tomber dans le populisme ».
Pour l’ancienne ministre, c’est à ce prix que les magistrats peuvent conquérir la confiance du public. « La confiance se gagne et se mérite », a-t-elle souligné. Mais si elle compte sur
« l’héroïsme individuel » de ses collègues, elle a néanmoins mis l’accent sur la nécessité de « trouver un statut de la magistrature qui soit le plus producteur d’indépendance ». Un énième rappel des éternelles revendications des magistrats, avec la seule différence que c’est une ancienne ministre qui le soulève.
Lova Rabary-Rakotondravony |